Retour sur – Championnats de France Route Femmes Professionelles : Célia Géry impériale !
Au départ de ce championnat de France des femmes professionnelles, elles n’étaient qu’une petite quarantaine. La course promettait d’être dure, pas de celles qu’on peut passer dans les roues. La canicule ne relâche pas son étreinte, elle pèse sur le paysage, mais ne fait fondre que le bitume, pas le relief – un temps à ne pas mettre une salamandre dehors ! Rien d’étonnant à ce qu’après deux tours de circuit, il ne restât déjà plus en course qu’une grosse moitié de l’effectif. Rien d’étonnant non plus à voir Célia Géry couronnée !
Ces survivantes se livreraient une guerre méthodique, impitoyable. Une première « échappée », de 13 coureuses s’est dessinée. On y trouvait de solides athlètes : Marie Le Net et Léa Curinier (FDJ-United-Suez), India Granger et Émilie Morie (St-Michel-Préférence Home-Auber93) (déjà), Valentine Fortin et Victoire Berteau (Cofidis WT), Amandine Fouquenet (AG -Soudal), Léa Rondel (Mayenne Monbana My Pie) et une Laura Asencio très en jambes.

Mais les grandes favorites n’y figuraient pas. Or, pas question de se laisser enterrer ! C’est ainsi que Célia Géry la première, sortit de ce qui restait du peloton, au pied du raidard de Béjuy, donnant un premier aperçu de son punch, avant que Marie Le Net s’étant laissé décrocher ne l’aide à boucher les dernier mètres. Cédrine Kerbaol l’imita bientôt, emmenant avec elle Juliette Berthet. Les trois firent la jonction, provoquant un bref moment de flottement qui permit à d’autres concurrentes de recoller à leur tour, telles Maeva Squiban, Clémence Latimier ou Gladys Verhulst, revenue du diable vauvert.
Des pronostiqueurs unanimes
Cette petite pelote de cyclistes ne cesserait de s’effilocher et de se reformer tour à tour, étirée, malmenée par Évita Muzic et Juliette Berthet, bien décidées à placer leur leadeuse dans les meilleures conditions au pied de la dernière ascension de Béjuy.

À ce moment-là, les pronostiqueurs étaient presque aussi unanimes que le comité central du parti communiste nord-coréen : Célia Géry allait faire parler la poudre, aussi sûr que le soleil se lèvera demain. Et, en effet. Une accélération irrésistible, qu’une épatante Émilie Morier refusa pourtant d’accepter sans combattre, et basculait en deuxième position, mais se ferait manger par Cédrine Kerbaol.
« Tu vas y ARRIVER »
Au même moment, c’est une Célia Géry impériale, et heureuse, qui décrochait son premier titre de championne de France des professionnelles.
Championne du monde espoirs en 2025, vainqueure de la Flèche Brabançonne et 2ème du Tour de Catalogne cette année, la nouvelle championne semble n’avoir aucune limite. Étonnamment, elle confesse pourtant n’être « pas de nature à avoir trop confiance (sic) », même s’il est probable que ce défaut d’assurance doive plutôt être compris comme une hypervigilance, une forme d’inquiétude liée à son horreur de la défaite.

Mais ainsi s’expliquerait le sens du tatouage qu’elle porte sur la nuque et qui dit « Tu vas y ARRIVER » !
Cédrine Kerbaol ne se montrait pas déçue : « Jusque-là, le meilleur résultat que j’avais pu décrocher sur la course en ligne du France, c’était 7ème, alors vu comme ça, deuxième c’est super ! Le but c’était de ne pas se laisser enterrer, et de marquer Célia. J’étais seule de mon équipe, et ce n’est pas évident. Mais c’est le jeu. Et quoi qu’il en soit Célia était la plus forte. »
L’ « endurance motivationelle » d’Emilie Morier
Au fond, seule Émilie Morier vient bousculer un peu ces certitudes quasi-mathématiques, montant sur le podium des professionnelles un an après être montée sur celui des amateures. Détentrice d’une longue expérience du haut-niveau, la coureuse de St-Michel-Preference Home-Aubert93 n’en est pas moins cycliste de fraîche date, et n’a pas encore tous les codes de son nouveau sport. Déclarant qu’elle a beaucoup à apprendre, elle aborde cependant sa carrière d’une façon originale : ayant connu des « bas », elle se montre soucieuse de durer et d’entretenir son « endurance motivationnelle ». À 29 ans, elle se voit bien partie pour dix ans de cyclisme pro, mais veille à ne pas se griller moralement. Ainsi déclare-t-elle ne pas encore « pousser à fond tous les curseurs du métier ». Elle se préserve, elle en garde sous la pédale du mental, pourrait-on dire !
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