Championnats de France

Retour sur – Championnats de France de cyclisme sur route 2026 – Lemouël, Muller, Blaise et Cavagna sacrés sur le contre-la-montre à la Tour du Pin

On ne saurait nier que la chaleur écrasante fût une influence majeure sur cette première journée des France Élite. Rarement vit-on autant (quelques-un.e.s) de concurrent.es quitter la route pour s’étendre sur son bas-côté, là où l’air est plus respirable qu’au-dessus du bitume. Mais, pros et amateurs, celles et ceux qui ont surmonté l’obstacle climatique en ont brillamment décousu.

Honneur aux dames, parties les premières, avant que l’astre brûlant ne passe par son zénith

Ma petite entreprise est florissante, Célia Lemouël épanouie

Il est des victoires qui excèdent la notion de résultat sportif. En décrochant, ce jeudi à La Tour-du-Pin, le titre de championne de France Élite du contre-la-montre, Célia Lemouël a offert à son équipe Ma Petite Entreprise le premier maillot tricolore de son histoire. Créée à l’intersaison autour d’un concept inédit dans le cyclisme professionnel, la jeune formation française repose sur le soutien de plus de 500 petites et moyennes entreprises, réunies autour d’une ambition commune : construire un modèle économique durable au service du développement du cyclisme féminin. Quelques mois seulement après ses débuts dans le peloton professionnel, le projet trouve déjà une récompense de tout premier plan.

Sur les routes exigeantes de l’Isère, la Bretonne a réalisé un contre-la-montre de haut vol. Partie sans faire figure de favorite face à plusieurs spécialistes reconnues de l’exercice, elle a mené son effort intelligemment, et signé le meilleur temps. Longtemps, pourtant, rien ne semblait acquis : plusieurs des principales prétendantes au titre devaient encore s’élancer. Il faudra attendre les derniers chronos pour voir le sourire illuminer le visage de la nouvelle championne de France.

« Oui, je suis surprise moi-même, reconnaissait Célia Lemouël quelques instants après l’arrivée. Déjà, monter sur le podium aurait été une satisfaction. Je n’étais pas favorite – j’avais plutôt un statut underdog [sic] – mais les quatre filles parties après moi l’étaient. J’ai démarré prudemment, puis j’ai senti que j’avais de la puissance. La chaleur était pénible, mais je voyais que mes watts ne baissaient pas. Quand j’ai repris Marie [Le Net], je me suis dit que c’était bon signe, tout en me demandant si je n’étais pas partie trop vite. À l’arrivée, je n’étais même pas certaine d’avoir bien entendu que j’avais réalisé le meilleur temps. Avec les favorites encore en course, je ne voulais pas me faire d’illusions… Et puis, finalement… C’est merveilleux.« 

La nouvelle championne de France a tenu à souligner le rôle joué par son équipe : « Il y a une super alchimie entre le staff et les coureuses. Le Tour de Suisse m’a fait énormément de bien ; j’ai besoin de courir pour être performante. Je pensais que la chaleur me pénaliserait davantage. J’avais fait un peu de travail spécifique pour m’y adapter, mais je ne pensais pas être aussi bien préparée.« 

Avec Maeva Squiban (UAE Team ADQ) sur la deuxième marche et Cédrine Kerbaol (EF Education-Oatly) sur la troisième, le podium était 100% breton, et même finistérien, « et même Brestois !« , remarqueraient de concert les trois athlètes.

Médaillée de bronze, Cédrine Kerbaol aurait peut-être préféré conserver son titre. Cependant elle ne cachait pas sa satisfaction de voir son amie (l’une et l’autre se surnomment réciproquement «  Cécé  ») revêtir le maillot tricolore. Seule représentante de son équipe, mais « recueillie » par le staff de Ma Petite Entreprise depuis le Tour de Suisse et durant ces Championnats de France, la Bretonne saluait autant la performance du jour que le parcours d’ensemble de son amie, et non sans quelque poésie : « Une surprise ? Oui et non. Célia est résiliente. Elle rattrape aujourd’hui tout le temps perdu chez les Espoirs à cause des blessures et des accidents. Maintenant, la rose est en train de fleurir » ( !)

Sur sa propre prestation, Kerbaol faisait preuve d’autodérision : « Je cours sans capteur de puissance, et finalement tant mieux, parce que je sentais que ce n’était pas terrible aujourd’hui. La radio fonctionnait mal, mais c’était presque un mal pour un bien. »

Vice-championne de France, Maeva Squiban affichait, elle aussi, un large sourire malgré un certain fatalisme : « De toute façon, ma place, c’est deuxième ou quatrième sur un Championnat de France ! Et deuxième, c’est quand même mieux, surtout chez les Élites. » La Bretonne rappelait n’avoir effectué qu’une préparation très limitée sur son vélo de contre-la-montre : « Je n’ai fait que trois sorties spécifiques, en plus du Tour de Suisse. » Venue quasiment seule à La Tour-du-Pin, accompagnée uniquement de l’attaché de presse de son équipe UAE Team ADQ, la nouvelle vice-championne du chrono a elle aussi tenu à saluer le soutien reçu de la part du staff de Ma Petite Entreprise.

« Ils m’ont arrosée, moi aussi ! », glissait-elle dans un sourire, illustrant l’ambiance particulièrement chaleureuse qui régnait autour de la formation française tout au long de cette journée.

Chez les Amatrices le titre est revenu à Amandine Muller, qui a su parfaitement gérer les conditions climatiques particulièrement éprouvantes pour décrocher le maillot tricolore. Sa stratégie était limpide : rafraîchir au mieux le corps avant le départ et repousser le plus longtemps possible le moment de la surchauffe.

La résurrection du TGV de Clermont Ferrand

Chez les garçons c’est Rémi Cavagna qui l’a emporté, signant un retour remarquable après une période difficile en 2024, dont son passage dans la formation Groupama-FDJ-United l’ai aidé à sortir progressivement. Aujourd’hui le « TGV de Clermont-Ferrand » a dominé les débats, signant tous les meilleurs temps intermédiaires. « J’en suis à presque 60 jours de course cette saison, je vais prendre un peu de repos » disait celui qui n’a pas débranché depuis Paris-Nice, participant aussi au Tour de Romandie puis au Giro où il a signé une belle 3ème place contre-la-montre. Tout récemment, son Tour de Suisse s’est soldé par une insolation, qui aurait pu l’alarmer.

« Je me suis reposé quelques jours, puis lundi j’ai fait une grosse séance sur le vélo de chrono, d’où il ressorti que tous les voyants étaient au vert. Il faut croire que j’ai besoin de prendre des coups de chaud pour me mettre dans l’allure » confiait celui qui vient « d’égaliser à 3 partout » dans la partie qui l’oppose à l’autre spécialiste française de l’exercice, Bruno Armirail.

Ce dernier n’était « pas mal préparé » même si son rôle dans l’équipe Visma-Lease a Bike l’oblige à donner priorité au Tour, où il soutiendra Jonas Vingegaard en montagne.

Dans cette logique, c’est en altitude, à Tignes « où il fait 20 degrés et pas 35 » qu’il vient d’effectuer un stage intensif. Ainsi le Pyrénéen se sentait-il « à sa place » sur cette deuxième marche du podium : « Rémi était plus fort aujourd’hui, il n’y a rien à redire. »

Ewen Costiou prenait la troisième place du classement professionnel, ce qui n’a rien d’une surprise mais tout d’un résultat durement acquis : « J’ai bossé régulièrement le chrono depuis la fin des Ardennaises. J’ai souffert de la chaleur, comme tout le monde, mais je sais que ma gestion était bonne, car mes valeurs l’étaient ! C’est de bon augure avant le Tour. Même si j’ai un peu « dégoupillé » sur les derniers kilomètres, sans doute parce que j’ai monté un poil vite les bosses (sic), je suis à ma juste place.  »

Quant au titre amateur, c’est à Arthur Blaise qu’il est revenu. Membre de l’équipe continentale belge Aarco, ce qui fait de lui au plan juridique un coureur « sans contrat », Blaise devait sa présence au championnat de France à la DTN, qu’un point de règlement autorise à « tester » des coureurs sur les championnats. Cinquième au scratch, il est donc champion de France des amateurs : « À tout prendre, j’aurais préféré être classé parmi les professionnels. Mais le règlement est tel qu’il est, j’ai besoin de courir, et ce titre me comble« , dit l’ex-triathlète dont l’énorme moteur ne comble pas la difficulté à frotter dans les courses en lignes.

Matthias Ribeiro Da Cruz, spécialiste minutieux du contre-la-montre, était son dauphin logique. Le coureur de Villefranche en Beaujolais axe désormais ses ambitions sur la piste. Régulièrement convoqué en équipe de France, il vise la poursuite par équipes aux mondiaux de Shangaï. Et il s’est fixé un grand rendez-vous le 5 septembre prochain : au vélodrome de Granges, en Suisse, il s’attaquera au record de l’heure !