Retour sur – Championnats de France cyclisme sur route 2026 – Élite Hommes : Romain Grégoire enfile le maillot tricolore
À La Tour-du-Pin, la dernière journée des Championnats de France Route 2026 a conjugué réflexion et spectacle. Alors que Michel Callot dressait devant les médias un état des lieux des grands enjeux du cyclisme français – formation des jeunes, sécurité, calendrier international ou encore gestion des fortes chaleurs -, les meilleurs coureurs du pays se disputaient le maillot tricolore. Au terme d’une course usante et indécise, Romain Grégoire s’est imposé devant Paul Lapeira et Joris Delbove. Un podium qui incarne le renouvellement du cyclisme français.
La FFC mobilisée face aux défis
En ce dernier jour des championnats de France 2026, le plus grand rendez-vous annuel pour la FFC, Michel Callot a tenu une conférence de presse au moment même où s’élançait le peloton des professionnels.
Il s’agissait de dresser pour les médias un rapide bilan des grandes réflexions en cours à la fédération. Furent ainsi évoquées la question des carrières de plus en plus précoces et de l’intervention parfois prématurée des agents auprès d’athlètes U19, voire U17 ; ou la sécurité, en course comme à l’entrainement – le souci d’encourager la pratique pluridisciplinaire jusqu’au plus haut niveau, si bien représentée par Célia Géry ou Adrien Boichis, et d’autres.
Bien sûr, ce fut aussi l’occasion de rappeler que les inquiétudes liées à la canicule sont prises très au sérieux par une Fédération bien consciente de son devoir de protéger athlètes, staff et public, mais qui, en la matière, ne peut agir seule et se doit cependant de «travailler avec les services de l’État.»

Et de rappeler qu’à 50km près, l’événement n’aurait pu se tenir : le département voisin de la Loire était classé en alerte rouge canicule.
Par ailleurs, l’absence de Paul Seixas ravivait l’hypothèse d’un changement de date pour les championnats nationaux, traditionnellement tenus à une semaine du départ du Tour, ce qui complique la tâche des équipes et des athlètes. Michel Callot a tenu à souligner la difficulté d’aménager un calendrier très chargé : « C’est difficile, car il ne s’agit pas de déplacer le problème en mai sur le Giro ou en août sur la Vuelta. Ce sera une concertation internationale, mais nous proposons l’hypothèse d’un bloc en fin de saison, où se succéderaient championnats nationaux, continentaux, et mondiaux. »
Une course d’urusre
Les coureurs professionnels, pendant ce temps faisaient leur métier : la course, nonobstant la fournaise. Comme l’avait rappelé Thomas Voeckler aux journalistes « lls ne sont pas faits comme vous et moi. Je ne dis pas, évidemment, que c’est facile, mais ne vous inquiétez pas trop pour eux ! »
L’écrémage fut tout de même très important dans la première moitié de la course.
Une échappée somme tout précoce s’avéra presque être la bonne, puisqu’il fallut au peloton sérieusement s’employer pour combler une avance qui a un moment culminé à deux minutes.
Les courses les plus usantes ne sont pas les plus limpides ou le plus faciles à lire, parce que les groupes se fractionnent et se reforment incessamment.
Mais une chose est sûre, c’est que les coureurs de Groupama-FDJ United, qui finirent par triompher en la personne de Romain Grégoire, ont été mis sous pression : en surnombre, ils n’étaient pourtant guère représentés à l’avant de la course, où seul Quentin Pacher fit longtemps office de vigie.

Le nouveau champion de France le confirmerait, une fois rasséréné. « Maintenant, oui : on peut dire que ça s’est passé comme dans un rêve. Mais c’est vrai qu’en première partie de course on avait pris un petit peu de retard, disons. Ce n’est jamais bon, avec cette chaleur. Mais les gars ont assumé, et si je pouvais, je diviserais ce maillot en 33 morceaux ! »
De fait, il faut décerner une mention spéciale à Clément Berthet, très costaud aujourd’hui, et qui a jugulé les soubresauts de l’échappée durant tout le dernier tour, pour déposer son leader en position au pied de l’ultime ascension de la bosse de Béjuy, impitoyable juge de paix de ces championnats.
Le coup de force de Romain Grégoire

La « bonne » se composait de 6 coureurs : outre les deux hommes aux maillots bleu et rouge, on retrouvait Paul Lapeira et Léo Bisiaux, et deux isolés, Alex Baudin (EF Education-Easypost) et Joris Delbove (TotalÉnergies).
Ce sont deux spécialistes des labours qui lancèrent cet ultime mouvement puisque, Léo Bisiaux ayant pris les devants, c’est Delbove qui passait à l’attaque, toujours dans le théâtre à flanc de côteau de Béjuy.
Ce faisant le champion de France de cyclo-cross obéissait sans préméditation, à ses sensations et à son intuition du moment. « Ça ne montait pas aussi vite que j’avais anticipé, et j’ai senti qu’il fallait que je le fasse » dirait-il laconiquement. C’est ainsi que le sextet se détacha définitivement.
Un tour plus tard, au seuil de l’explication finale, Romain Grégoire semblait favori. Lui-même était confiant, mais sans excès : « J’ai un peu douté en voyant le coup de pédale de Paul, bien rond ! ou l’attaque de Joris au tour précédent. Je savais que je pouvais produire un bel effort, mais eux aussi ! Et ce sont des mecs qui savent gagner. »
Sa supériorité fut pourtant nette et sans bavure, il se détachait et franchissait seul la ligne.

Le maillot tricolore pour un nouveau leader
Champion de France professionnel à seulement 23 ans, Grégoire a changé de statut. Après une carrière juniors exceptionnelle (champion d’Europe en 2021) et un palmarès espoirs déjà impressionnant (Liège-Bastogne-Liège Espoirs) il s’est rapidement imposé chez les professionnels. Ses victoires au Tour du Limousin (2023) puis au Tour of Britain (2025) ont marqué sa progression, et ses performances sur les classiques vallonnées le classent parmi les meilleurs puncheurs du peloton.

En 2026, il a confirmé ce changement de dimension en remportant notamment la Drôme Classic, tout en enchaînant les places d’honneur sur des courses WorldTour exigeantes : 4e des Strade Bianche, 4e de l’Amstel Gold Race, 4e de la Flèche Brabançonne, 7e de Liège-Bastogne-Liège… Autant de résultats qui faisaient de lui le grand favori à La Tour-du-Pin : mission accomplie !
Derrière lui, Delbove et Lapeira se sont extirpés de la pente dans cet ordre. Mais c’est Lapeira qui prendrait l’argent et Delbove le bronze. Il raconte : « En vue du sprint, Paul a un peu joué avec moi. Mais, après 220 bornes, je n’allais pas prendre le risque de tout gâcher et faire quatrième, alors j’ai choisi d’assurer, et Paul m’a passé. »
Le podium de ces Championnats de France 2026 illustre assez bien le renouvellement du cyclisme français : un jeune leader déjà installé au plus haut niveau mondial, un champion confirmé qui confirme sa régularité et un coureur en pleine ascension qui signe le plus beau résultat de sa carrière.
À eux trois, n’incarnent-ils pas la succession glorieuse des Alaphilippe, Madouas ou Cosnefroy ?
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