Les troubles des conduites alimentaires chez le sportif 

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Les TCA, ou troubles des conduites alimentaires ont des conséquences sérieuses, voire graves, sur la santé. Non seulement les sportifs ne sont pas à l’abri, mais ils y sont particulièrement exposés. Que sont exactement les TCA, et pourquoi les sportifs sont-ils fragiles sur ce plan ?

Qu’est-ce qu’un TCA ?

Anorexie ou boulimie, nous en avons tous entendu parler. Mais que recouvrent exactement cette locution de « troubles des conduites alimentaires » ou TCA ? On en reconnait principalement trois qui, répertoriés dans le DSM-5, le fameux manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, se définissent selon des critères internationalement reconnus : l’anorexie, la boulimie, et l’hyperphagie boulimique. Mais il existe aussi des formes incomplètes, pas forcément moins préoccupantes. 
En effet, ces troubles peuvent revêtir des formes graves, voire mortelles, principalement par le biais des problèmes cardiaques qu’elles génèrent, et par suicide.  

Il s’agit donc bel et bien de maladies, et non pas de comportements déviants – il importe de le dire, et d’évacuer toute trace de jugement moral. Comme toujours devant la maladie, « devant les TCA, nous ne sommes pas tous égaux, avertit le docteur Renaud de Tournemire, pédiatre et président de la fédération française anorexie-boulimie. Entrent en compte des facteurs individuels, génétiques, mais aussi sociétaux, d’histoire personnelle, etc. » 

L’anorexie

Étymologiquement « absence de désir » (en l’occurrence, d’appétit) se signale par un amaigrissement important (plus de 15% du poids initial.) Plutôt que de perte d’appétit, il s’agit plutôt d’un évitement obsessionnel de tout aliment susceptible de « faire grossir », souvent associé à des pratiques annexes de perte de poids (vomissements provoqués, hyperactivité physique, utilisation de laxatifs ou de diurétiques, etc.) L’anorexie s’entend aussi comme une perturbation de l’image corporelle (« dysmorphophobie »).

Pris dans une peur panique de grossir, le sujet ne perçoit plus sa propre maigreur. Le lien est souvent fait avec un traumatisme affectif, déplacé ou occulté au profit d’une « scène corporelle » : le contrôle de l’alimentation agit comme illusion d’une maîtrise plus globale des émotions, et s’ouvre alors le gouffre de la spirale anorexique ». 
Dans au moins 85% des cas, l’anorexie touche une population féminine, et le plus souvent des jeunes filles ou de très jeunes femmes. Elle est ainsi associée à une aménorrhée, disparition des règles. « L’équivalent masculin prend la forme d’une perte totale de libido, dit Renaud de Tournemire, mais est rarement verbalisé. Il faut ajouter que d’une façon générale, les TCA sont souvent vécus dans un sentiment de honte.Par exemple, quelqu’un qui se fait vomir suscite le dégoût. Or, le fait de se faire vomir dans le cadre d’un TCA est un symptôme, au même titre que la fièvre dans une grippe.»

La boulimie

« On ne peut comprendre la boulimie sans la relier à l’anorexie », nous apprend le site de la Fédération Française Anorexie Boulimie (FFAB). En effet, les crises de boulimie, qui émaillent les épisodes anorexiques, restent associés à des stratégies de contrôle du poids. Typiquement, le sujet ne mange rien de la journée puis « craque » le soir venu, et ingère d’énormes quantités de nourriture, avant de se faire vomir. 

Il ne faut donc pas confondre la boulimie proprement dite, articulée au contrôle du poids, avec l’hyperphagie boulimique, où les crises (le sujet mange sans pouvoir s’arrêter, comme pour combler un vide-panique) ne sont pas suivies de vomissements ou d’épisodes culpabilisés de jeûne. 

Les conséquences physiologiques et psychologiques de ces conduites sont sérieuses, voire graves et même potentiellement mortelles.  
Liées aux carences et aux perturbations endocriniennes induites par les privations, elles peuvent mener aussi bien aux crampes qu’à l’ostéopénie (fragilité osseuse, se manifestant par exemple dans les fractures de fatigue), à la baisse de l’immunité, aux troubles de la fertilité, de la cognition, du sommeil et à la dépression (pulsions suicidaires).  

Par ailleurs, les pratiques consistant à se faire vomir ou à s’administrer des laxatifs déshydratent, et ce faisant perturbent le métabolisme du potassium, provoquent une hypokaliémie pouvant entraîner des problèmes cardiaques. 
Pas idéal pour un sportif. 

Les sportifs particulièrement touchés

Or, il se trouve justement que la prévalence des TCA est nettement plus importante chez les sportifs que dans la population générale, avec, comme dans la population générale, une nette prédominance du côté des femmes. 

Plusieurs études, menées dans des pays différents, et considérant des panels de sports différents, laissent apparaître des résultats variables, mais toute s’accordent sur le fait que la prévalence des TCA est nettement plus élevée dans la population sportive que dans la population générale. Les TCA concerneraient 0 à 19% des athlètes masculins et de 6 à 45% des athlètes féminines. Une étude norvégienne avance que 42% des athlètes féminines pratiquant une activité ou « l’esthétique corporelle » importe, et 24% des pratiquantes d’un sport d’endurance, sont concernées. À titre de comparaison, l’anorexie mentale touche environ 1% de la population générale, l’hyperphagie boulimique 3 à 5%, et, tout trouble confondus on parle de 13%. 

De plus ces chiffres sont probablement sous-évalués : non seulement, comme évoqué ci-dessus, ces conduites mal vécues sont souvent dissimulées par les intéressés, mais le sportif craint particulièrement le diagnostic qui imposerait l’arrêt momentané de sa pratique. Or, répétons-le, le risque sanitaire est réel

Pourquoi ?

Selon la FFAB, quatre catégories de pratiques sportives sont particulièrement à risque.

  • Les sport « esthétiques » (gym, patinage, body-building…). 
  • Sport à catégorie de poids (boxe, MMA) : orgie aqueuses, techniques de sèche. 
  • Sports anti-gravitationnels (escalade saut à ski, jockey).
  • Sport d’endurance (pour ne rien dire de la combinaison avec le précédent : les grimpeurs). 

On peut mentionner deux facteurs explicatifs
Le premier se rapporte à l’image du corps. La question est évidente quant aux sports dit « esthétiques », mais elle s’inscrit à la fois dans un cadre sociétal très global, qui fait peser de lourdes injonctions d’apparence, sur le corps des femmes en particulier, et dans l’histoire personnelle et intime de chaque individu. 
Le second argument est relatif à la notion de déficit énergétique relatif (REDs est l’acronyme anglais). De fait, dans de nombreux cas de figure, les sportifs se trouvent en situation de devoir ajuster leur poids (la haute performance est un état-limite.) Ils en passent donc par des moments de déséquilibre entre l’énergie dépensée et l’énergie absorbée. Le passage obligé par ces phases, plus ou moins violentes, de restriction ou d’hyper-contrôle, favorise le glissement vers un TCA. 

Il existe donc un vrai besoin de formation des accompagnants. Dans l’immense majorité des cas, les TCA sont signalés par un proche ou un encadrant, très rarement par le sujet lui-même. Les sportifs ne doivent pas oublier que l’amaigrissement finit toujours par amoindrir les capacités physiques
 
Proches, encadrants ou concernés peuvent se tourner vers le numéro mis en place par la FFAB : Anorexie Boulimie Info Écoute 09 69 325 900
Bien sûr, les appels sont anonymes, et la permanence téléphonique est assurée par des spécialistes, psychologues et médecins.