Championnats de France

La nouvelle stature d’Amandine Fouquenet

Amandine Fouquenet-cyclisme-cyclocross-troyes

Depuis quelques semaines déjà et à mesure qu’approche le championnat de France de cyclocross, son nom revient sur toutes les bouches et pèse de plus en plus sur les pronostics. Or, nous y sommes : c’est à Troyes ce week-end qu’aura lieu la bataille. Et, en effet, Amandine Fouquenet est, bel et bien, la première candidate à la sa propre succession.

Même si elle sait la part incompressible d’incertitude que recèle sa discipline, même si elle ne mésestime en rien les qualités de ses rivales Hélène Clauzel ou Célia Géry, ses performances et sa régularité plaident en ce sens.

Changement de statut

D’ores-et-déjà, on peut dire que la saison 2025-2026 restera comme un tournant dans la carrière de la Bretonne – et, probablement, dans sa vie psychique.
Parlons d’abord des résultats bruts, qui la parent d’un nouveau statut, d’une nouvelle stature, et la classent désormais dans l’élite mondiale. Le 30 novembre à Flamanville, elle prend la deuxième place, montant pour la première fois sur un podium de Coupe du Monde – renouant le fil de la présence française à ce niveau, rompu depuis Pauline Ferrand-Prévot en 2018.
Un déclic manifeste. Car, deux semaines plus tard, elle réitère à Namur, ce Compostelle du cyclocross, se hissant cette fois-ci sur la 3ème marche. Puis, pour s’en tenir à la Coupe du Monde, elle sera 2ème à Gavere (derrière une Lucinda Brand intouchable mais devant Puck Pieterse, s’il vous plaît), et à nouveau 3ème à Termonde. À Zonhoven au début de l’année, elle butte à la 4ème place au pied du podium, ce dont elle se serait nettement réjouie deux mois plus tôt, mais qui la déçoit presque, désormais. Entre temps, la championne de France en titre avait deux fois triomphé en Superprestige à Heusden-Zolder, puis à Gullegem, sous les couleurs de Pauwels Sauzen-Altez, sa toute nouvelle équipe.

Cette énorme saison en réfère bien sûr à une progression physique bâtie de long terme, quasiment depuis ses débuts dans les catégories enfantines, sous la direction de Guillaume Benoit qui, faute d’être encore officiellement son entraîneur, reste très présent à ses côtés. Celle qui a débuté à 7 ans par le VTT, avant de se diriger vers la route et de se laisser séduire par le cyclocross pour ne pas s’ennuyer et rester sans compétition l’hiver, est une fidèle.

Progrès ? Épanouissement plutôt !


Quand on lui pose la question de savoir si cette saison tonitruante est liée à la disparition de l’équipe Arkea-B&B Hôtels et à la précarité de sa situation – à une sorte d’énergie du désespoir, en somme ! – elle répond de façon indirecte, évoquant surtout une libération personnelle, enfin advenue.
« Je me suis toujours trop souciée de mon poids, j’avais toujours peur de prendre un kilo, je me surveillais en permanence et sans résultat, toujours un peu frustrée par les chiffres sur la balance » raconte-t-elle. « Même sur le ton du conseil bienveillant, on me renvoyait toujours à cette idée, et finalement aux critères imposés par une société qui veut nous mettre dans des cases, que j’avais du poids à perdre. J’y parvenais d’autant moins que cela aggravait mon manque de confiance. Mais cette année, après la saison sur route, je me suis autorisée à oublier ces restrictions, et accordé un mois de coupure. J’ai pu reprendre en toute sérénité, d’autant plus que je travaille depuis l’été avec une préparatrice mentale. »

Autant qu’à l’émergence au plus haut niveau d’une athlète en constante progression, on assite donc à l’épanouissement d’une jeune femme enfin libérée des injonctions absurdes qui pèsent encore sur le corps féminin. Parvenue à cette difficile épuration du plaisir de la pratique, Amandine Fouquenet donne sa vraie mesure.

Elle connaît ses points faibles, et se rit de la gêne qu’on éprouve à évoquer ses lacunes techniques : « C’est la même chose dans ma nouvelle équipe : je leur dis ‘’ Mais, n’ayez pas peur de m’en parler, je le sais’’ ! » Elle doit donc progresser techniquement, en particulier dans le sable, et sur la boue fine : « Je n’aime pas quand c’est juste glissant en surface ! Je suis heureuse d’être dans cette équipe de spécialistes, ils vont m’aider sur ces points. »

Encore de la marge

Indispensable technique, certes. Mais à bien l’écouter, on comprend que l’essentiel est ailleurs. Ayant gagné en confiance, elle se dit rétrospectivement qu’il n’était « pas normal d’admettre [comme un acquis ou un fait de nature] la domination des Néerlandaises. »
Elle ne cache cependant pas son admiration pour Lucinda Brand, monstre sacré peut-être, mais que ses lacunes techniques, laborieusement et incomplètement comblées, n’empêchent ni de performer, ni de durer. « J’ai encore de la marge ! » conclut-elle.

Nul ne peut dire, donc, qu’Amandine Fouquenet va reconduire son titre national ce week-end à Troyes – demandez à Célia Géry, amandine Muller ou Hélène Clauzel ce qu’elles en pensent ! Mais une chose est sûre, c’est qu’elle fait désormais partie, et sans complexe, de l’élite internationale.