Clément Petit : une histoire à écrire

C’est le jeudi 17 octobre, sur le vélodrome de Ballerup où se déroulaient les championnats du monde, que Clément Petit est entré dans la lumière, qu’il s’est révélé au regard du grand public. Sur les deux derniers tours du scratch, derrière le Japonais Kazushige Kuboki et le Danois Tobias Hansen, on l’a vu arracher la médaille de bronze au terme d’un sprint interminable.
Premier mondial, première médaille
Il avoue d’ailleurs une erreur d’appréciation qui en dit long sur la violence d’un effort qui menace toujours d’altérer la lucidité : « Je pensais que la gagne était sur le Danois, dit-il. Je venais de rentrer, et je n’avais pas vu que le Japonais était ressorti. »
N’en reste pas moins cette belle médaille de bronze, conquise à l’occasion de son premier mondial en élite, par un jeune homme de 23 ans connu jusqu’alors des seuls spécialistes. Pour l’intéressé, on ne saurait pour autant parler de surprise : « Ou alors, plus pour les autres que pour moi, s’amuse-t-il. Le scratch est une discipline que j’apprécie, et je savais en venant que ce serait une course assez ouverte. Le scratch c’est tactique, mais c’est aussi une affaire d’hommes forts – qui s’est d’ailleurs terminée, cette fois-ci, par un sprint de mecs cramés (sic). » Tout le charme des courses en peloton est là, dans cette articulation si aigue entre la brutalité de l’effort et la lucidité qu’il faut à tout prix préserver pour courir juste
À Ballerup, même un coureur aussi expérimenté et matois qu’Elia Viviani s’est fait piéger. Mais s’il faut rester lucide, dans le cas du scratch, il faut aussi être joueur : « En scratch, il faut jouer gagnant ou perdant. Il ne faut pas avoir peur de perdre. »

Outre ses qualités évidentes – la fée Génétique qui s’est penchée sur son berceau – Clément Petit avait tout pour devenir coureur cycliste. Son père avant lui, qui fut coureur première catégorie au VC Évreux qui lui « enseigna la passion » (sic) et l’inscrit dès l’âge de 4 ans au club Vallée d’Avre Cycliste. Et bien d’autres membres de la famille, cyclistes de corps et d’âme, du petit ami de sœur à sa petite amie à lui, il semble que tout le monde ait toujours pédalé autour de lui.

Depuis lors, il dit n’avoir jamais ressenti la moindre lassitude, et que l’envie de s’entraîner ne lui a jamais fait défaut. Il remporte de nombreux succès chez les jeunes, progressant sous les couleurs de VC Évreux puis de l’UC Neubourg. Il développe au fil des ans les qualités de puncheur qu’on lui connait aujourd’hui : « Mes qualités ne correspondent pas à mon gabarit, fait-il remarquer. Je ne suis pas bon grimpeur malgré mes 65kg pour 1,80m. Une question de fibre musculaire, peut-être. »
En vivre, une affaire de conjoncture ?
C’est en minimes qu’il fait ses débuts sur la piste, au Neubourg. Il gagne bientôt les championnats départementaux, régionaux, et devient champion de France cadets de la tempo race. C’est en junior 1ère année qu’il intègre l’équipe de France. En 2019, il est vice-champion du monde junior de la poursuite par équipes. Après deux premières saisons espoirs perturbées par la pandémie de Covid, il décrochera aussi l’argent en poursuite par équipes aux championnats d’Europe. Parallèlement, il poursuit une honnête carrière de routier dans les rangs du VC Rouen 76. Cette année, il a remporté la Route Vendéenne, en Élite.
Mais deux saisons en demi-teintes pour cause de pandémie, c’est beaucoup. Car s’il rêve évidemment de vivre de son sport, il n’ignore pas les difficultés de conjoncture, et sait bien que les équipes professionnelles embauchent des profils de plus en plus jeunes. « De mon temps, en junior, on était encore dans le vélo-plaisir. Les temps changent, et je sais qu’à 23 ans je suis presque vieux. Pourtant je pense que j’ai ma place », dit-il pensivement.
Aussi s’abstient-il de tracer des plans sur la comète. Pour l’heure, alors qu’il savoure quelques jours de coupure, c’est à court terme qu’il se projette.
Bien sûr la médaille lui vaut quelques propositions pour cet hiver. Il a déjà signé son contrat pour les Six Jours de Gand, du 12 au 17 novembre, où il sera associé à l’Italien Scartezzini. Sur le Kuipke (la « cuvette », surnom donné à la piste de Gand, particulièrement courte et relevée) il retrouvera d’ailleurs Benjamin Thomas, Valentin Tabellion et Oscar Nilsson-Julien. On le verra aussi sur la Track Champions League à partir du 23 novembre, date de la première manche disputée à Saint-Quentin-en-Yvelines.
À plus long terme, même si c’est encore loin, ce caractère « plutôt anxieux » dit « prendre les années comme elles viennent », mais vise les Jeux de Los Angeles 2028. Certes, son avenir avec l’équipe de France n’est pas écrit, mais il en a tourné la première page, et on est pressé d’en lire la suite ! Prochain rendez-vous possible sous le maillot tricolore, les Championnats d’Europe, du 12 au 16 février à Heusden-Zolder.