Retour sur – Championnats du monde UCI Route 2026 – Trois médailles, mais une Équipe de France au plus haut niveau du débat
Après une première moitié de semaine marquée par plusieurs performances de premier plan dans les contre-la-montre, les équipes de France ont poursuivi sur leur lancée dans les courses en ligne des Championnats du monde de Montréal. Avec notamment la médaille d’argent de Simon Defrance chez les Juniors, trois Françaises dans le Top 10 de la course Élite et une quatrième place pour Aubin Sparfel chez les U23, les Bleus ont continué d’afficher leur densité. Chez les hommes Élite, la France a surtout marqué la course de son empreinte, en assumant une stratégie offensive et ambitieuse autour de Paul Seixas.
Simon Defrance, l’argent au terme d’une course offensive

Quelques jours après avoir pris la 8e place du contre-la-montre, Lancelot Gayant a été l’un des premiers Français à se mettre en évidence dans la course en ligne Juniors. Très offensif, le Français a intégré dès le troisième tour un groupe de tête en compagnie du Norvégien Sindre Orholm-Lønseth et du Belge Sander Willems. Une présence à l’avant qui a permis aux Bleuets de peser sur le déroulement de la course.
Dans le final, Simon Defrance a parfaitement pris le relais. Le Français a rejoint les hommes de tête à une trentaine de kilomètres de l’arrivée, avant de se retrouver aux avant-postes aux côtés de Benjamin Noval. Lorsque l’Espagnol, déjà sacré quelques jours plus tôt dans le contre-la-montre, a porté son attaque décisive, Defrance a été le seul à pouvoir tenter de lui résister.
Noval s’est finalement envolé vers son deuxième titre mondial, mais Simon Defrance a tenu bon pour aller chercher une magnifique médaille d’argent, à 42 secondes du nouveau champion du monde. À 18 ans, le Français confirme ainsi une saison particulièrement régulière et s’offre, sur l’un des parcours les plus exigeants de ces Mondiaux, le premier grand podium international de sa jeune carrière.
Derrière lui, Lancelot Gayant a pris une belle 13e place, après avoir longtemps animé la course. Une performance collective qui illustre également la capacité des Bleuets à courir offensivement et à multiplier les cartes dans une épreuve particulièrement sélective.
Les Bleues, trois dans le Top 10
La course Élite féminine a elle aussi confirmé la solidité du collectif tricolore. Dans une épreuve remportée au sprint en côte par la Néerlandaise Demi Vollering devant Katarzyna Niewiadoma et Elisa Longo Borghini, les Françaises ont longtemps occupé les premières positions et ont été particulièrement présentes dans les mouvements décisifs.
Au terme des 180 kilomètres de course, Juliette Berthet signe le meilleur résultat tricolore avec une remarquable 5e place. Elle devance Célia Géry, 7e, et Maëva Squiban, 9e : trois Françaises dans les dix premières, une densité qui témoigne de la qualité du collectif tricolore sur ce parcours de Montréal.
Les Bleues avaient choisi de ne pas attendre le dernier tour pour faire la différence. Maëva Squiban s’est notamment portée à l’offensive dans la dernière partie de course, tandis que Cédrine Kerbaol et les autres Françaises ont multiplié les mouvements pour faire bouger la course. Une stratégie offensive qui a contribué à user le peloton et à placer trois Tricolores parmi les dix dernières prétendantes à la victoire.
À l’arrivée, il n’aura finalement manqué que quelques secondes pour transformer cette très belle prestation collective en médaille. Mais avec trois coureuses dans le Top 10, les Bleues ont confirmé à Montréal qu’elles figuraient parmi les nations capables de jouer les premiers rôles sur les grands rendez-vous internationaux.
Sparfel au pied du podium chez les U23
Chez les Espoirs, Aubin Sparfel a lui aussi longtemps fait partie des hommes en mesure de jouer le titre. Au terme d’une course de 174 kilomètres particulièrement rapide et disputée, le Français a pris la 4e place, au pied d’un podium remporté par l’Américain Ashlin Barry devant l’Espagnol Héctor Álvarez et le Norvégien Jesper Stiansen. Longtemps présent dans le groupe des favoris, Sparfel a tenté jusqu’au bout de revenir sur Barry, auteur d’un impressionnant numéro solitaire. Il a finalement échoué à quelques mètres du podium, après avoir tout donné dans le final.
Une quatrième place forcément frustrante, mais qui vient confirmer le potentiel du Français face à une génération internationale particulièrement relevée.
Les Bleus prennent la course en main
C’est dimanche, pour la course Élite hommes, que la stratégie française allait prendre toute son ampleur. Avec Paul Seixas comme leader, les Bleus avaient fait le choix d’une course dure, destinée à réduire progressivement le nombre de prétendants et à favoriser les qualités du jeune Français dans les dernières ascensions du mont Royal.
La sélection tricolore n’a pas attendu les derniers kilomètres pour passer à l’action. Dès l’entrée sur le circuit final, alors que l’échappée matinale comptait encore près de huit minutes d’avance, Bruno Armirail a pris les commandes du peloton. Et quel relais !

Le Français a quasiment assuré seul la poursuite pendant près de 60 kilomètres. Parti avec un peu plus de 167 kilomètres à parcourir, il ne s’est relevé qu’à 107 kilomètres de l’arrivée, après avoir ramené l’écart de manière spectaculaire et contribué à réduire considérablement le peloton. Pendant quatre tours, Armirail a imprimé un rythme supérieur à 42 km/h de moyenne, faisant progressivement disparaître les échappés mais aussi une partie des candidats au titre.
Un véritable travail de capitaine de route, réalisé au service de Paul Seixas et destiné à transformer la course en une longue sélection par l’usure.
Après le travail d’Armirail, Valentin Paret-Peintre puis Jordan Jegat ont à leur tour pris leurs responsabilités. Les attaques se sont multipliées, faisant exploser le groupe des favoris. La France avait réussi son pari : à l’approche du final, la course était devenue une bataille entre les hommes les plus forts.
Une fin de course à couper le souffle
À une cinquantaine de kilomètres de l’arrivée, Mathieu van der Poel a déclenché une nouvelle offensive, entraînant avec lui Quinn Simmons puis Primož Roglič. Derrière, les groupes se sont recomposés au gré des ascensions et des attaques. Paul Seixas était toujours là.
Le Français de 20 ans, qui avait fêté son anniversaire quelques jours plus tôt, a longtemps figuré dans le groupe de tête. Il a répondu aux mouvements, s’est retrouvé au contact des meilleurs et a abordé le dernier tour avec encore une réelle possibilité de jouer le titre.
Puis Brandon McNulty a porté l’attaque qui allait décider du championnat. L’Américain s’est isolé à un peu plus de 30 kilomètres de l’arrivée et a résisté jusqu’à Montréal, malgré le retour progressif de ses poursuivants. Derrière lui, la bataille pour les places d’honneur a été d’une intensité exceptionnelle. Et c’est à ce moment que Paul Seixas a été rattrapé par les crampes. Le Français a dû laisser filer les meilleurs dans les derniers kilomètres et termine finalement 15e, à 2’47 » du nouveau champion du monde.
Un classement qui ne raconte pas toute l’histoire
La déception de Paul Seixas à l’arrivée était à la hauteur de ses ambitions. Le jeune Français ne s’était pas caché : il était venu à Montréal pour jouer la victoire. Son immense frustration, et les mots très durs qu’il a eus envers lui-même après l’arrivée, témoignent d’ailleurs de l’exigence qu’il porte déjà à son propre égard.
Mais ce 15e rang ne saurait résumer sa course – et encore moins sa semaine.
Quelques jours auparavant, Seixas avait décroché la médaille de bronze du contre-la-montre mondial. Dimanche, il a encore été présent pendant plus de 250 kilomètres dans une course d’une violence exceptionnelle, au sein d’un groupe où figuraient les meilleurs coureurs du monde. Il a finalement été battu par un incident physique dans les derniers kilomètres, alors qu’il avait encore les moyens de jouer les toutes premières places.
À seulement 20 ans, dont il vient tout juste de fêter l’anniversaire, Paul Seixas disputait surtout l’une des courses les plus longues et les plus exigeantes de sa jeune carrière. Il repart de Montréal sans la médaille qu’il était venu chercher, mais avec une expérience qui pèsera lourd dans la suite de son parcours.
Et surtout, avec une certitude désormais difficile à contester : le Français possède déjà le niveau pour peser sur les plus grands rendez-vous du cyclisme mondial.
La déception est celle d’un champion qui voulait gagner. Elle n’efface ni la performance réalisée, ni le potentiel qui s’est encore affirmé au Canada. À 20 ans, Paul Seixas a déjà le présent d’un grand coureur et, surtout, toute la suite de sa carrière devant lui.
Montréal referme ainsi une semaine mondiale particulièrement riche pour les équipes de France : une médaille d’argent chez les Juniors avec Simon Defrance, trois Françaises dans le Top 10 de la course Élite, une quatrième place chez les U23 avec Aubin Sparfel et, dans les épreuves chronométrées, plusieurs performances de premier plan.

Les maillots arc-en-ciel n’auront finalement pas été tricolores cette année. Mais les Mondiaux canadiens auront confirmé, à travers plusieurs générations, la densité et le potentiel du cyclisme français : gageons qu’il sera pleinement épanoui d’ici un an, pour les super championnats du monde UCI 2027 Haute Savoie-Mont Blanc !
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